C’est au cours d’une soirée enflammée que nous voyons des détails de cœurs et d’yeux dorés, de tête dans une spirale et de rose avec des jambes, oui nous ne pouvons pas nous y tromper c’est bien l’univers ésotérique et surréaliste de Lucie Babin. 

Après des études en médiation culturelle, un voyage en Thaïlande, un projet de décor de festival avec des objets de récup et des recherches créatives dans le théâtre, la photo et le dessin; plus tard, Lucie, se met au collage. Pendant le confinement et sur les conseils d’un ami, elle se met à découper les corps et les objets pour en faire des œuvres polymorphes. Une création sans contraintes, l’exploration des limites et une imagination débordante. Pour Lucie, “Faire feu” est synonyme de guerre, mais aussi de foyer. C’est une dualité où d’une part le feu réchauffe, mais d’autre part il détruit tout lien qui pouvait exister. C’est à l’image de notre monde actuel, tout aussi bien à feu et à sang, que dans la création passionnée. Lucie ne montre pas seulement, mais elle transmet au travers de ses œuvres des messages cachés d’ironie et de cynisme. 


Les collages de Lucie Babin constituent une extension essentielle de sa pratique artistique, tout en développant un langage propre, plus intime et souvent plus expérimental. À travers ce médium, elle explore les mêmes préoccupations que dans ses installations — la matérialité, les systèmes de production, les traces du réel — mais en les condensant dans des formats plus resserrés, où le geste devient plus direct et presque instinctif.

Dans ses collages, Lucie Babin utilise des matériaux issus du quotidien : fragments de papier, impressions techniques, emballages, textures récupérées ou encore images trouvées. Ces éléments, arrachés à leur contexte d’origine, sont assemblés de manière à créer des compositions qui oscillent entre abstraction et évocation du réel. Le collage devient ainsi un espace de recomposition, où les formes et les surfaces dialoguent, se superposent et se contredisent.

Ce qui caractérise particulièrement son travail dans ce domaine, c’est l’attention portée aux qualités physiques des matériaux. Les plis, les déchirures, les transparences ou les épaisseurs ne sont pas dissimulés, mais au contraire mis en avant. Ces irrégularités participent pleinement à la construction de l’image. On retrouve ici un lien évident avec sa pratique de l’installation : même dans un format bidimensionnel, Lucie Babin pense en termes de tension et d’équilibre.

Ses collages jouent également sur des logiques de fragmentation et de juxtaposition. Les images qu’elle utilise ne cherchent pas nécessairement à produire un récit clair ou linéaire. Au contraire, elles créent des associations ouvertes, parfois ambiguës, qui laissent place à l’interprétation. Certaines compositions peuvent évoquer des scènes de la vie quotidienne, des paysages en mutation ou des personnages oniriques, sans jamais se fixer dans une représentation précise. Cette mystérieuse incertitude renforce l’aspect critique de son travail, en perturbant nos habitudes de lecture des images.

Le rapport au temps est également central dans ses collages. Les matériaux qu’elle choisit portent souvent des traces d’usage ou d’obsolescence : papiers jaunis, impressions datées, fragments usés. En les réassemblant, elle crée des images qui semblent à la fois ancrées dans le passé et résolument contemporaines. Le collage devient alors un lieu de coexistence entre différentes temporalités, où le présent se construit à partir de restes et de fragments.

Enfin, les collages de Lucie peuvent être vus comme des espaces de réflexion sur la circulation des images et des objets dans notre société. En prélevant des éléments issus de contextes variés et en les recomposant, elle interroge la manière dont les formes visuelles sont produites, diffusées et consommées. Son travail met en évidence la banalité apparente de ces images, tout en révélant leur potentiel poétique et critique.

Ainsi, les collages de Lucie Babin prolongent et enrichissent sa démarche globale. Ils offrent un terrain d’expérimentation plus libre, où l’artiste explore les relations entre matière, image et sens, tout en invitant le regardeur à porter une attention renouvelée aux fragments du quotidien.