CRÉATION
La Mer et Moi
J’ai baisé la mer.
Le temps m’a vu,
Flirter sans cesse avec l’océan.
Sur son corps, je me suis désaltéré
Des rayons juxtaposés du chaud soleil d’été.
J’ai tapoté les tétons des vagues
Et leurs chants m’ont enivré
Jusqu’aux premières lueurs du jour.
Toi tu n’existes plus je t’aime
Toi tu n’existes plus je t’aime
Tu es partie en plein novembre
Tu m’as laissé mourir de toi
Tu convoles avec le néant
Tu n’as rien voulu faire de moi
Tu as coupé la corde raide
Et l’as mise autour de…
Infranaturel
Ce matin, rien de spécial. L’appartement était vide et bleu. Beaucoup de vide, beaucoup de bleu.
Je me lève. Le sol est froid. Le corps aussi. Dans la cuisine, plus de café. Je bois de l’eau, elle a un goût décalé.
Maison des Examens
Fait rare, cette année, les Pâques catholique et orthodoxe tombent presque en même temps que la fête juive de Pessah. Le lundi de Pâques, après la fin de Pessah, le Pape François est mort.
T-O-I
Comme d’habitude tu m’as menti. Charogne.
Serait-ce un quiproquo, ou ton KWA qui me cogne ?
Tu crois que je jouis à penser à ces mots ?
Je nous fuis sous la mer à vingt mâts de Nemo,
Et j’oublie ma douleur coulée par ma torpille.
Fabliau premier
Cet article est un fragment d’un ensemble de 16 Fabliaux (ou récits absurdes en vers) rédigé par Pierre Mengelle entre 2021 et 2022, qui provient de son mémoire réalisé dans le cadre de son master spécialisé "Création et Technologie Contemporaine" à l'ENSCI-Les Ateliers. L'objectif de cet exercice était de faire précipiter dans une forme écrite un élément-clé de sa pratique créative. Fruit d’un contexte anxiogène que fut la crise sanitaire, ces 16 fabliaux sont délicieusement anachroniques. Cette période, entre confinement et couvre-feu, a créé chez lui, l’élan vital de célébrer le non-sens, à travers un pas de côté clownesque, désespérément comique. Le choix du fabliau s'imposant naturellement, en tant que témoignage de la culture populaire issue de l’oralité, ces textes et gravures, ont pour objectif de faire rire, par l'intermédiaire de fausses morales, de toutes les situations absurdes et grotesques que l’on rencontre. Choisissant de se pencher sur l’univers du carnaval médiéval avec ce qu’il comporte en dérision et humour grivois, il aborde avec un rapport débridé la mort et le chaos comme des sujets graves et légers, bicéphale (donc). Nouvellement élaborés par Pierre Mengelle (mettre un lien sur la page des rédacteurs), ces 16 fabliaux rejoignent aujourd’hui la revue Bicéphale qui s’engage à en publier un par mois.
Rupture
_Quatre soleils pulsaient rouge, vert, jaune, rouge contre la stratosphère d’une planète tellurique. Des vagues rousses et fines ceignaient de rouge les terres arides du système O, vaguement divisé en…
Peine à jouir
Quand je jouis il fait froid
Tout le monde est parti
Ça sent l’absence partout
Le silence me regarde bien en face
\n
Quand je jouis les voix s’éteignent
L’avenir a déjà fini au pilon
À chaque jouir
Su…
La crise cardiaque
Ça y est ma cave est pleine,
elle est pleine à craquer
Je vais t’ouvrir la porte
Ça y est
Mon cœur est prêt pour toi
Jusque dans ses moindres veinules
Il t’attend
La tension artérielle est à son combl…
À Maurice Ravel
Très cher Maître,
Vous êtes bien l’OR-fèvre qui permet l’orchestration du vertige, je suis celui qui désosse votre OR-logerie du silence.
La découpe se fait au plus près, minutieusement sur tous les…
À David Lynch
Je sens l’onde de la bombe. David craque sa dernière allumette, les clefs du rêve se dispersent en silence et l’ombre s’impose, comme à la fin du spectacle ou au début.
À sa sortie, un voile se dissout.