Ce matin, rien de spécial. L’appartement était vide et bleu. Beaucoup de vide, beaucoup de bleu.

Je me lève. Le sol est froid. Le corps aussi. Dans la cuisine, plus de café. Je bois de l’eau, elle a un goût décalé. Dehors, le ciel est bas, uniforme, sans intention. Est-ce que j’en ai ? J’en suis et je n’en suis pas.

Je pense alors à des choses pratiques. Ce que je dois faire. Ce que je repousse.


Mes bras pendent. Ils sont longs, ces bras, assez pour agripper le plan de travail. Il tient bien.

Il y a une sensation vague.

Comme si quelque chose avait été déplacé pendant la nuit, puis remis presque exactement au même endroit.

Presque.

Je m’habille.

Je sors.

Dans la rue, tout fonctionne.

Les gens marchent. Les voitures passent. Un chien tire sur sa laisse et sa laisse tire son maître.

Je remarque des détails inutiles ; un angle trop net.

Une vitrine qui reflète un ciel qui n’est pas au-dessus.

Je m’arrête sans raison.

Je repars.

Je me dis que je suis fatigué.

Que ça ira.

L’infranaturel, à ce moment-là, n’a pas de forme.

C’est une gêne sans objet.

Une hypothèse.

Mais j’y pense juste assez pour y revenir et je ne sortirai plus

Chez moi, l’appartement était encore trop vide et encore trop bleu. 

Il y avait des tâches de silence sur les murs alors je vérifie mon téléphone sans l’avoir entendu vibrer.

Je ferme une porte déjà fermée.

J’éteins une lumière éteinte.

Ça me rassure un peu.

Je pense au mot infranaturel, il s’impose comme une étiquette mal collée.

À partir de là, les choses changent de poids.

Les pensées deviennent épaisses.

Elles restent, appuyées contre l’intérieur du crâne.

Le monde perd sa distance.

Les objets regardent trop longtemps.

Les murs respirent à un rythme qui n’est pas le mien.

Je commence à entendre mes pas avant de marcher.

Les phrases se forment sans moi.

Je les reconnais, mais elles ne m’obéissent pas.

Elles tournent autour du mot.

Je ne décris plus.

Il n’y a plus de matin ni de soir.

Seulement une lumière basse, continue,

comme sous une paupière qui ne fermerait plus.

Ces mains ne sont plus à moi.

Elles savent.

Elles avancent dans l’air épais,

écartent l’invisible.

Je pense : je.

Le mot ne tient pas.

infra

dedans

avant

La langue se plie.

Les phrases tombent avant la fin.

La logique devient inutile.

Ce n’est plus une présence.

C’est une occupation douce.

Un glissement sans bruit.

Enfin quelque chose respire avec mes poumons.

Regarde avec mes yeux.

Attend avec mon attente.

Je ne suis pas effacé, je suis écarté.

plus de phrases

juste des restes

le corps

zone tiède

occupée

respirer

ça passe

sans moi

pensée

déjà mâchée

je


non

voix basse

derrière

où le nom glisse

infranaturel

pas un mot

un état

en dessous

gestes

avant

la main

sait

mur

membrane

temps

sans bord

ça pense

avec ce qui reste

ça parle

avec la langue

comme un muscle mort

infra

dedans

pas de dehors

installé

calme

si je cherche

très bas

un endroit

pour dire

moi

je trouve

un espace propre

occupé

bien rangé

infranaturel

chez lui.