Toi tu n’existes plus je t’aime
Tu es partie en plein novembre
Tu m’as laissé mourir de toi
Tu convoles avec le néant
Tu n’as rien voulu faire de moi
Tu as coupé la corde raide
Et l’as mise autour de mon cou
Tu as planté tes ongles rouges
Au tendre creux de mon genou
Tu m’as traité comme poubelle
Tu t’es traînée comme une clocharde
Naissance ou mort c’est la même chose
Quand on n’a pas de volonté
Tout au fond de soi se nécrose
Tu traverses comme un hall de gare
La vie qui te laisse de côté
À quoi bon faire le moindre effort ?
Tu attends que l’on vienne te chercher
Tu finiras avant l’été
Toi tu n’existes plus je t’aime
Toi tu n’existes plus je t’aime
Assis au bord de la piscine
Le menton bas, les pneus crevés
Juillet t’a arraché à moi
Il t’a exécuté deux fois
Ton sang-froid coule de mes yeux
En vivant je te vengerai
Les pyromanes je mangerai
Ceux qui ont criblé tes bras tes jambes
Ceux qui ont mis le feu à ton corps
Sinistre est l’ironie du sort
Toi le bandit de grand chemin
Qui eût dit que tu finirais
Ta vie rôti comme un poulet ?
Maudits soient les nombres premiers !
Rien n’effacera ta liberté
Ton être incendié brûle en moi
Mon palais en est tout voilé
Tu aromatises ma salive
Comme le plus puissant des cafés
Toi tu n’existes plus je t’aime
Toi tu n’existes plus je t’aime
Tu as fait un choix courageux
Dans la cabine téléphonique
Maman a eu 52 ans
Mes tibias se sont émiettés
Je déteste le mois de mai
Toi tu pars avec tes rollers
Tu dis adieu à ce que tu crois
À ce que tu ignores encore
Moi trop tard j’aurais pu t’aimer
Trop tard tu aurais été heureux
Trop tard je t’aurais embrassé
La gare t’a regardé partir
Vers la grande inconnue du soir
Ton malheur se parcourt à pied
Ta vie se perd le long des rails
Tout n’avait fait que commencer
J’avoue que je l’aurais bien lue
L’ultime lettre de ton poignet
J’aurais mis ma paume dans la tienne
Et l’amour aurait affleuré
À peine arrivé à Venise
Tu as mis ton espoir sous clef
En te jetant par la fenêtre
Tes lèvres gisant entrouvertes
Dans la saleté des rues désertes
Toi tu n’existes plus je t’aime
Toi tu n’existes plus je t’aime
Tu as été le tout premier
Encore un parti en été
Qui trempe son costume de laine
Qui nourrira tes mille poussins ?
Qui récoltera les épis ?
Les poignées bises de granulés
Au fond des cages où je gémis ?
Il n’y a plus personne pour courir
Jouer dans le petit bosquet
La vieille 4L est toute rouillée
La vie des granges s’est figée
La 403 sert de refuge
Aux nénuphars déjà fanés
Même le tilleul est suicidaire
Jéhovah n’y pourra rien faire
Les soleils brillent sur la lande
Il est temps de vivre sa vie
Toi tu n’existes plus je t’aime
Toi tu n’existes plus je t’aime
J’avais jamais aimé comme ça
Tu auras été la dernière
À qui je fis ce serment-là
Ton visage s’est écrasé
Ta boîte crânienne a implosé
Ta mère te croit tout endormie
Bien sagement au fond du lit
La voiture était destinée
À l’amie qui t’accompagnait
À la faveur d’une embardée
Elle aura eu raison de toi
Tu t’es traînée des hectomètres
Jusqu’au creux de la nationale
Toi le pantin que j’ai aimé
Au plus vicieux de mon supplice
S’il te plaît résiste à la fin
Mon camarade le conducteur
Je le plains comme je te pleure
Sa vie de merde l’a devancé
Ce sont tes os qu’il a cassés
Sur le xylophone du destin
Je ne sais plus trouver ton visage
Toi tu n’existes plus je t’aime
Toi tu n’existes plus je t’aime
Tu m’as lardé de coups de roses
Tu m’as lacéré d’ecchymoses
Dieu t’a retiré la parole
Ton sadisme n’aura d’égal
Que l’étendue de ton mutisme
Qui invoque le diable en coulisses
Tu m’aimeras à en crever
Ils auront beau te trépaner
Tu perdras sans fin le contrôle
Pendant que j’attends sous la table
Le règne des Feuilletés dorés
Tu avais juré de m’emmener
Jusques à Rome l’Éternelle
Tu es partie sans laisser d’adresse
Dans le labyrinthe mnésique
Depuis le monde s’est égaré
Toi tu n’existes plus je t’aime
Toi tu n’existes plus je t’aime
Tu es monté dans ton avion
Tu as dit au revoir au Japon
Puis à terre tu t’es envolé
La nuit tous les chats gris paressent
Regarde-moi dans les iris
M’as-tu tout dit, mon doux Mattu
Avant que ton hémoglobine
Ne se noircisse d’un traître coup ?
Difficile de t’appréhender
Tu as l’air moins réel que rêvé
La Somme de nos heureux naufrages
Sur l’île magique des samedis
Te fait demeurer pour la vie
Sur l’hémisphère ombragé
De mes pupilles le protégé
Toi tu n’existes plus je t’aime
Toi tu n’existes plus je t’aime
Tu vouvoies le monde désormais
Resté figé dans la stupeur
De la grand-messe désintégriste
Où l’insulte est chose intégrale
La pourriture du corps du Christ
L’injure à ceux qui t’ont aimé
Nous qui sachions la vérité
Tu as succombé dès la première
À ton ultime coup d’essai
Ton oncle a été l’artisan
De ton arrêt prématuré
Celle qui fut l’héroïne d’un jour
T’a couché sur les draps de cendres
D’une éternelle nuit d’amour
En un geste a éteint la Lune
Et t’a caressé de ses boucles
Tu m’as nimbé de ta candeur
Tu es parti au quart de siècle
Toi tu n’existes plus je t’aime