J’arbore sur la toile lisse de ma nudité
les cicatrices de l’océan, les fracas de la nuit.
Repères terribles de la conscience annexée aux mâts du vieux port,
Le heurt des tourterelles contre le pouvoir de l’aube
ravale au quaternaire l’audace de la marée
Dans la catastrophe de tous les écueils sur ma négritude à l’envers.
Quand, du tranchant des vagues, je me suis dérobé,
Ce n’était que pour repeindre la mine singulière des tourments et des cris.
Les cataractes de tous les océans s’engouffrent dans mon être d’assassin de la raison,
Pourvoyeur d’aubes et de « ciels » aux mômes qu’on côtoie sur les trottoirs d’humus.
Je me suis recréé moi-même
Dans le plafond de ma nuque de vieux bœuf asservi
S’abrite ma part d’homme.
Je veille jalousement sur mes éclats d’espoir
Et bois, comme d’une plaie, le sang du cauchemar,
Du grand miasme,
De la pure étoile,
De l’hécatombe anecdotique,
De l’ivresse au bar du beau.
Oui, le chant de l’ivresse
Au bar du beau.
Je finis ma course planté comme une statue dans la cathédrale de l’oubli.
J’entends seul la prière des murs,
Seul, j’entends le chant du toit.
J’écoute, dans le cisellement des vagues,
des tam-tams autochtones qui peuplent l’espace.
J’écoute, dans l’air miraculé des ordures éternelles,
le souffle des chevilles renâcler comme des feuilles dans le vent,
Un tuyau… et l’épervier sombre dans le sommeil des muses.
Le soir m’arrache aux veilles nuisibles de la réalité
Et m’éponge contre le réverbère du lac.
Conte-moi le secret des terres qui se déchirent.
Décris-moi leurs grimaces sous le bleu de l’azur en guenille.
Auriez-vous, par hasard, rencontré nos montagnes,
Leurs avalanches sourdes dans le trépas des heures ?
Avez-vous vu nos fleurs et leurs pétales en pleurs remonter vers la plaine,
Vaincues comme des cris, meurtries comme nos rêves ?
Nos arbres délabrés, les avez-vous vus passer ?
Que vous disaient leurs branches ?
Que contaient leurs écorces à l’air téméraire ?
Sinon l’histoire insalubre de quelque bel éclat
Revenu de la guerre, immortel et sacré,
Ayant brisé l’échine aux vulgaires insouciances,
Ayant cassé les chaînes de la belle liberté
Et assiégé les nuits dans leurs tanières mêmes.
Ainsi ce grand guerrier qui, dans la forêt vierge,
Assautait sans répit les monstres de la nuit,
Lui qui fraya, parmi les fleurs sauvages,
La route aux amours délaissées,
Ce chemin que l’on croyait éternel,
Lui, le grand, le cher espoir qui naît sans signe ni cri,
Et meurt comme une ombre dans les couloirs du rêve,
Étranglé, déchiqueté, abandonné de tous
Et de l’amour même.
Écoute, écoute ce chant que nous connaissons.
Toutes les ruelles pleurent et leur boue, furieusement, étrangle l’avenir.
Écoute ce déchirement qui siffle dans l’arête de mes sanglots.
Quelle est cette lumière ?