Photo : Alexis Bonazzi
Je t’ai aimé avec un dos de sel, des lèvres empruntées à la pluie et des hanches qui n’étaient pas les miennes
Je me suis glissé dans la tiédeur de tes draps comme une absence qui sait encore la forme de tes bras
Tes bras, tes bras. Je n’attendais que ça
Tu as cru me retenir mais ce que tu serrais, c’était le passage
Mes bras sans mains
J’ai eu des corps multiples,
Certains plus vrais que ma mémoire
des souffles qui ne venaient pas de mes poumons,
des regards qui m’ont vu sans me reconnaître
Regard d’une nuit de plomb, ou d’un matin incertain
Je m’y répands
lentement
comme un rêve qui s’égare entre deux tempes
Je suis venu par fragments
et des hanches de mémoire
et ma peau
archive de ceux que j’ai traversés
parfois je suis torse-
parfois je suis cri
Parfois je suis flanc
étiré à l’extrême
Souvent je suis gorge ouverte
je suis buée sur ta nuque
j’ai gémi dans des langues que je ne parle pas
j’ai offert mes genoux comme autel
et mon ventre comme vertige et point de chute
Chaque nuit était une mutation douce
Chaque matin une négociation
Tu dors ?
Moi, non.
Tu dors ?
Moi, je veille.
J’infiltre.
Je t’habite à peine – juste ce qu’il faut
pour que ton sommeil se souvienne de moi.
Je n’étais ni flamme ni cendre
et pourtant
à présent je suis la brûlure
tu m’as appelé
j’ai répondu
quand tu disais
« Viens »
j’étais déjà là
Je suis là
mais qui a répondu
dans l’angle de ta voix à un certain degré
l’idée de toi ?
Pas ici, pas moi
ou celle que je voulais
dans l’odeur de ta peur
Mais là
dans la paume qui cherche avant de comprendre
comme une promesse floue qu’on chuchote
à l’intérieur du sommeil
Aimer
pour moi, n’a jamais eu de forme fixe
seulement des intensités.
Pauvres intensités en vérité
Je suis le reflet pas la chose
la chose, elle, m’observe et se tait
Et quand le matin revient
je m’évapore
reliquat de sel sur ta peau
présence du passé
je lèche le sel sur tes clavicules comme un sacrement qu’on n’a jamais osé écrire
et je te murmure mes psaumes les plus honteux
je t’ai aimé avec un dos de sel
pas le mien
un dos trouvé quelque part dans la fatigue des soirs
J’ai porté la forme qu’il fallait.
Et si je m’offre
ce n’est jamais tout à fait moi
mais ce qui, en moi, désire devenir autre en se perdant dans toi